Après un bac STI2D, faut-il choisir entre une formation professionnelle courte et des études longues ? Pas nécessairement. Rencontré au salon Studyrama de Grenoble, François Dauverchain, enseignant en BTS au lycée Gaspard-Monge de Chambéry, présente les différentes voies de poursuite d'études et défend l'intérêt des formations industrielles. Son propos met en lumière une possibilité parfois méconnue : commencer par un BTS, acquérir une spécialisation technique, puis rejoindre éventuellement une école d'ingénieurs.
- Louis Gosse - Angela Braito - Grenoble - 03 octobre 2026
- Photo de couverture : François Dauverchain au stand du lycée Gaspard-Monge – Salon Studyrama, Alpexpo, Grenoble – 3 octobre 2026 – © GELI – Angela Braito
Des parcours différents, des perspectives ouvertes
Après un bac STI2D (sciences et technologies de l'industrie et du développement durable), plusieurs formations permettent de poursuivre des études scientifiques et technologiques. François Dauverchain distingue « trois possibilités majeures » : les classes préparatoires, les BTS et les BUT.
La classe préparatoire TSI, destinée notamment aux bacheliers STI2D, prépare en deux ans aux concours des écoles d'ingénieurs. Le BUT, dispensé dans les instituts universitaires de technologie (IUT), propose quant à lui un cursus de trois ans. Entre ces deux voies, le BTS se distingue par son orientation directement professionnelle.
« Les BTS, ce sont des diplômes à bac +2 qui sont professionnalisants, c'est-à-dire qu'on apprend un métier. »
Cette dimension pratique ne signifie pourtant pas que les études s'arrêtent nécessairement après deux ans. François Dauverchain souligne qu'un diplômé peut poursuivre vers une licence professionnelle, ou intégrer une classe préparatoire ATS, qui constitue une passerelle vers les écoles d'ingénieurs.
Il insiste notamment sur cette seconde possibilité :
« une classe prépa ATS, qui se fait en une année et qui permet à nouveau de partir sur un cycle ingénieur à travers des concours ».
Ces concours spécifiques offrent aux étudiants issus de BTS ou de BUT une autre voie d'accès à certaines écoles.
Le choix d'une formation courte peut donc constituer une première étape, plutôt qu'une orientation définitive. La différence tient aussi à la manière d'apprendre : tandis que les classes préparatoires privilégient les enseignements théoriques, les BTS proposent une spécialisation professionnelle dès les premières années.
Apprendre à concevoir, mais aussi à fabriquer
Au lycée Monge, François Dauverchain présente six BTS industriels, consacrés à différents domaines : les architectures métalliques, l'aménagement de véhicules, la conception de produits industriels, le traitement des matériaux, la chaudronnerie et la maintenance des systèmes.
Ces intitulés recouvrent des activités très concrètes. Le BTS Architectures en métal : conception et réalisation (AMCR), dans lequel il enseigne, forme notamment au travail en bureau d'études. Les étudiants apprennent à concevoir, dessiner et calculer des structures métalliques utilisées dans les bâtiments industriels, commerciaux ou certains ouvrages d'art.
Mais la formation ne se limite pas au dessin technique. Les étudiants passent également par l'atelier, non pour devenir nécessairement des spécialistes de la fabrication, mais pour mieux comprendre les contraintes rencontrées par ceux qui réalisent les ouvrages.
« La vocation de l'atelier, c'est pas de faire un geste technique propre, c'est de comprendre les problématiques de fabrication pour les intégrer à la conception. »
Cette articulation entre conception et réalisation traverse les différentes formations présentées. Le BTS Construction et aménagement de véhicules (CAV) concerne, par exemple, l'adaptation de véhicules à des usages particuliers, comme les ambulances ou les camions de pompiers. François Dauverchain évoque aussi « un artisan qui aurait un besoin particulier », pour lequel il faudrait concevoir un aménagement sur mesure.
Le BTS Conception des produits industriels (CPI) prépare à la modélisation et au calcul de produits ou d'équipements industriels, tandis que le BTS Conception et réalisation en chaudronnerie industrielle (CRCI) associe conception et fabrication. La chaudronnerie, précise l'enseignant, c'est « en gros la mise en forme de tôles pour des besoins spécifiques ».
D'autres spécialités s'intéressent à des aspects moins visibles de l'industrie. Le BTS Traitements des matériaux étudie notamment la modification des propriétés des métaux selon leur utilisation. François Dauverchain en donne une illustration particulièrement parlante :
« Le couteau de cuisine, c'est pas le même acier que la carrosserie de voiture. »
Enfin, le BTS Maintenance des systèmes prépare à l'entretien et au fonctionnement des installations industrielles. Au lycée Monge, cette formation est proposée en apprentissage. L'objectif est de « maintenir en état un système industriel, un process, parce que ça s'use, ça tombe en panne, etc. »
Malgré leurs différences, ces BTS partagent une organisation comparable : deux années d'études mêlant enseignements généraux et professionnels. Selon François Dauverchain, un tiers de la formation est consacré aux matières générales, notamment la culture générale, les mathématiques et l'anglais, et les deux tiers aux enseignements professionnels.
Pour les lycéens qui souhaitent découvrir ces formations avant de faire leur choix, l'établissement propose également des journées portes ouvertes et des immersions en BTS ou en classe préparatoire. L'occasion de confronter les intitulés des diplômes à la réalité des enseignements et des activités proposées.
L'industrie recrute, les études peuvent continuer
Cette orientation professionnelle repose aussi sur les relations entretenues avec les entreprises. François Dauverchain explique que plusieurs formations du lycée Monge sont implantées depuis longtemps dans le tissu économique régional. Les échanges avec les professionnels permettent d'adapter les enseignements aux pratiques du secteur, notamment en utilisant les mêmes outils numériques.
« On a les mêmes logiciels que les entreprises, donc ça fonctionne assez bien. »
Pour l'enseignant, cette proximité constitue l'un des atouts des BTS industriels : les employeurs connaissent ces diplômes et les compétences qu'ils représentent. Il les décrit comme des formations « bien lisibles par les entreprises ».
Et lorsqu'il évoque les perspectives professionnelles, son constat est immédiat :
« Il y a de l'emploi, il y a de l'emploi. »
Dans une région qu'il juge économiquement dynamique, les entreprises de charpente métallique recherchent régulièrement de nouveaux collaborateurs. Les besoins concernent aussi bien les bureaux d'études que les ateliers ou les fonctions d'encadrement. François Dauverchain insiste : « À tous les niveaux, que ce soit en bureau d'études, au niveau encadrement, au niveau atelier, donc il y a vraiment du débouché. »
Mais l'insertion professionnelle n'est qu'une partie des perspectives présentées. L'enseignant revient également sur les étudiants qui choisissent de poursuivre leur formation, parfois jusqu'au diplôme d'ingénieur.
« Moi, j'ai chaque année quelques étudiants, un, deux, trois, qui finissent ingénieurs. »
Il prend toutefois soin de nuancer cette possibilité : « Je suis pas en train de dire que n'importe qui va finir ingénieur parce qu'il faut avoir un bon niveau en BTS, mais ça reste possible, ça reste possible. »
La prépa ATS joue ici un rôle particulier. Après deux années de BTS, les étudiants sélectionnés retrouvent pendant un an des enseignements plus théoriques, destinés à préparer les concours des écoles d'ingénieurs. Un changement de méthode qui peut représenter une difficulté supplémentaire, mais aussi ouvrir de nouvelles perspectives.
« Nous, là, on apprend un métier, c'est concret. »
L'année de prépa, explique-t-il, ramène les étudiants vers des contenus plus théoriques. Il rappelle néanmoins que « quand on la passe, après ça ouvre aussi des possibilités ».
L'intérêt de ce parcours tient précisément à la combinaison de ces deux approches. Un étudiant peut d'abord développer des compétences techniques approfondies dans un domaine particulier, avant d'élargir ses connaissances au cours d'une formation d'ingénieur.
François Dauverchain prend ainsi l'exemple du calcul de structures métalliques. Selon lui, un étudiant ayant obtenu un bon niveau en BTS AMCR peut posséder, dans le domaine précis de la charpente métallique, des connaissances techniques plus poussées que celles d'un ingénieur généraliste. Il ne s'agit pas de comparer globalement les deux diplômes, mais de souligner la valeur d'une spécialisation acquise par la pratique et par l'étude approfondie d'un secteur.
Au fond, cet échange invite à dépasser une représentation trop linéaire de l'orientation. BTS, BUT et classes préparatoires ne proposent ni les mêmes méthodes ni les mêmes rythmes d'apprentissage. Le choix ne se résume donc pas au nombre d'années d'études envisagé : il dépend aussi de ce que l'on souhaite apprendre, de la manière dont on préfère travailler et des possibilités que l'on veut se laisser pour la suite.
Article rédigé à partir de l’entretien réalisé avec François Dauverchain, le 3 octobre 2026, au salon Studyrama de Grenoble.